Mort de Kenneth Anger, figure du cinéma underground

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La figure du cinéma underground Kenneth Anger est décédée à l’âge de 93 ans. Né en 1927 à Santa Monica, cet artiste américain a marqué l’avant-garde cinématographique avec ses films expérimentaux mêlant occultisme, homo-érotisme et pop culture. Retour sur le parcours de cet homme iconoclaste qui bouscula les normes hollywoodiennes.

Une enfance tourmentée et la découverte de l’occultisme

Kenneth Anger est né sous le nom de Kenneth Wilbur Anglemyer. Il grandit dans une famille difficile, entre un père absent et une mère autoritaire qui le traumatise à vie. Le jeune garçon se réfugie dans la lecture, la musique et le cinéma, notamment les productions d’Hollywood qui le fascinent. C’est à l’âge de 11 ans qu’il découvre l’occultisme, lorsqu’il lit un livre sur la magie noire dans la bibliothèque municipale de Los Angeles. Cette rencontre va changer sa vie et inspirer son œuvre future.

En 1947, âgé de 20 ans, Kenneth Anger réalise son premier film intitulé “Fireworks”. Ce court-métrage raconte l’histoire d’un jeune homme qui rêve de séduire un marin, mais qui finit par être agressé par une bande d’homophobes. Le film est osé pour l’époque, avec des scènes homo-érotiques assumées et une esthétique baroque qui annonce le style Anger.

Un cinéaste underground iconique

Durant les années 1950 et 1960, Kenneth Anger réalise plusieurs films expérimentaux qui vont marquer l’histoire du cinéma underground. Il se distingue par son esthétique sophistiquée, ses références à la culture populaire (notamment la musique rock) et son utilisation des thématiques occultes et ésotériques.

Ses œuvres les plus célèbres sont “Scorpio Rising” (1963), qui explore la culture de la moto et les rituels sataniques, et “Lucifer Rising” (1981), dont le titre évoque la figure mythologique du diable. Anger a également collaboré avec des artistes tels que Mick Jagger, Jimmy Page et Marianne Faithfull, réalisant des clips vidéo et des documentaires sur leur travail.

Une vie marquée par les scandales et les conflits

Tout au long de sa carrière, Kenneth Anger est confronté à des controverses et des conflits avec les autorités morales et les censeurs. En 1957, son film “Inauguration of the Pleasure Dome” est interdit pour obscénité. En 1969, il est arrêté pour possession de drogue et condamné à une peine de prison qui sera finalement annulée. Plus tard, il s’oppose à la publication d’une biographie non-autorisée et refuse de donner des interviews aux médias grand public.

Malgré ces scandales, Kenneth Anger est resté fidèle à ses convictions artistiques et spirituelles tout au long de sa vie. Il a continué à réaliser des films jusqu’à un âge avancé, explorant de nouveaux horizons esthétiques et culturels. Il a ainsi inspiré de nombreux cinéastes underground et alternatifs, qui ont puisé dans son œuvre une énergie créative et une liberté de ton.

Un héritage artistique et spirituel

Aujourd’hui, la mort de Kenneth Anger laisse un vide dans le monde du cinéma underground et de l’art contemporain. Sa sensibilité unique, mêlant les influences occultes, homo-érotiques et pop culture, a ouvert de nouvelles voies pour l’expression artistique. Ses films continuent d’être projetés dans des festivals et des rétrospectives, attirant de nouveaux spectateurs chaque année.

Mais l’héritage de Kenneth Anger dépasse largement le domaine du cinéma. Sa vision ésotérique du monde et sa fascination pour l’occulte ont influencé des générations d’artistes, de musiciens et de penseurs qui cherchent à transcender les limites de la réalité visible. Que l’on adhère ou non à ses théories mystiques, l’œuvre de Kenneth Anger reste un témoignage fascinant de la culture américaine du XXe siècle et un exemple de la puissance de l’imagination humaine.

La mort de Kenneth Anger marque la fin d’une époque – celle du cinéma underground et de l’avant-garde artistique du XXe siècle. Mais elle nous rappelle aussi l’importance de préserver et de valoriser les créateurs qui ont osé défier les normes et les conventions de leur temps. En honorant la mémoire de Kenneth Anger, nous célébrons l’esprit rebelle qui anime l’art sous toutes ses formes.


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